Le bureau d'un professionnel tenu au secret après la journée, un dossier fermé par un cordon et un ordinateur fermé sous la lampe

IA et secret professionnel : cinq erreurs à éviter avant de s'y mettre

Une présentation dans le chat, sur votre situation, puis vos questions.

Mardi, 18 h. Dans un cabinet d'expertise comptable, une collaboratrice doit répondre à un client inquiet : son entreprise vient de recevoir un avis de contrôle fiscal. Le mail est délicat, elle le colle dans une IA grand public et demande simplement de corriger le ton. « Ce n'est qu'une reformulation, il n'y a rien de secret dedans. »

Il y a tout, au contraire : le nom de l'entreprise, le fait qu'elle est cliente du cabinet, le contrôle en cours, l'inquiétude du dirigeant. C'est l'erreur la plus répandue chez les professionnels tenus au secret, et ce n'est pas la seule.

Ce que couvre le secret professionnel face à l'IA

Le secret professionnel ne protège pas seulement les confidences graves. Il couvre ce que le professionnel apprend dans l'exercice de son métier : les faits, les documents, souvent jusqu'à l'existence de la relation avec le client, le patient ou l'usager. En France, l'article 226-13 du Code pénal punit sa violation ; en Suisse, l'article 321 du Code pénal joue le même rôle pour les professions qu'il énumère, et l'article 320 réprime la violation du secret de fonction des agents publics.

Avocats, médecins et soignants, notaires, psychologues, travailleurs sociaux, agents publics : chaque métier a ses textes et souvent son ordre, qui publie ses propres recommandations sur l'IA. Un point leur est commun : le secret pèse sur vous, pas sur l'outil. Si le texte part chez un tiers qui le conserve, c'est vous qui en répondez.

Les erreurs courantes entre IA et secret professionnel

1. Croire qu'une « simple reformulation » ne révèle rien

C'est l'erreur de l'introduction. On demande à l'IA de corriger un ton, une orthographe, une tournure : le texte à corriger est pourtant le dossier lui-même.

La conséquence : le message entier part chez un fournisseur que vous n'avez pas choisi, souvent conservé dans l'historique du service. La révélation a lieu dès l'envoi, quel que soit l'usage qu'il en fera.

La parade : pour ce genre de tâche, travailler sur un modèle confidentiel. Dans IA Confidential, les modèles confidentiels, standards et spécialisés, sont des modèles ouverts installés sur des serveurs en Suisse et en Europe, hors du champ du CLOUD Act, qui ne conservent rien de vos échanges. C'est le choix par défaut. Et quand le ton seul compte, le cas se décrit en une phrase :

Reformule ce mail pour qu'il soit rassurant sans rien promettre : un client apprend qu'un contrôle va avoir lieu et me demande ce qu'il risque. Garde-le court, sans jargon, et termine par une proposition de rendez-vous.

2. Penser que retirer le nom suffit

« Un notaire d'une commune de trois mille habitants, une succession avec un domaine viticole » : il n'y a plus de nom, mais plus de doute non plus.

La conséquence : le texte reste une donnée personnelle et le dossier reste reconnaissable. Le secret couvre le contenu, pas seulement l'identité. Le piège est détaillé dans notre guide anonymisation ou pseudonymisation.

La parade : si le contexte identifie à lui seul, rester sur un modèle confidentiel, message intact. Si vous choisissez un modèle anonymisé pour une question générale, le filtre confidentialité détecte d'abord les données sensibles et vous propose de répondre avec un modèle confidentiel, ou d'envoyer une version anonymisée que vous relisez et corrigez. Dans le panneau Confidentialité, vos consignes d'anonymisation ajoutent ce qu'aucun détecteur ne devine : le nom de l'étude, le surnom d'un dossier, une référence interne.

3. Se fier à un réglage ou à des conditions d'utilisation

« J'ai désactivé l'historique », « le service dit qu'il ne garde rien » : on délègue le secret à une case cochée chez quelqu'un d'autre.

La conséquence : vous ne pouvez pas vérifier ce qui est réellement conservé, les conditions changent, et un fournisseur soumis à une loi étrangère peut être contraint de livrer ce qu'il détient.

La parade : choisir un cadre où il n'y a rien à livrer. Dans IA Confidential, vos conversations sont gardées dans votre navigateur, jamais sur nos serveurs : si on nous les demandait, nous n'aurions rien à donner. Les modèles confidentiels traitent le message sans le conserver ; un modèle anonymisé, lui, n'est jamais choisi à votre place.

4. Joindre les pièces sans penser à ce qu'elles contiennent

Un PDF, un scan ou une photo portent plus que le passage qui vous intéresse : des annexes, des numéros, des noms en en-tête, parfois la position GPS d'une image.

La conséquence : pour une question sur une clause, c'est tout le contrat qui part, avec les parties et les montants.

La parade : les pièces jointes (texte, PDF, Word, images) sont lues dans votre navigateur, et aucun fichier n'est stocké sur le disque du serveur. Vers un modèle anonymisé, seuls des extraits pseudonymisés partent ; les images perdent leurs métadonnées, dont la position GPS. Si un document reste identifiant même masqué, l'assistant affiche « Document identifiant » : il est traité par un modèle confidentiel, ou seule votre question part. Pour un dossier entier, sur ordinateur avec Chrome, Edge ou Opera, vous pouvez ajouter le dossier de l'ordinateur à un espace avec l'option « Modèles confidentiels » : il n'est alors jamais envoyé à un modèle anonymisé. Un espace par client ou par affaire évite aussi de mélanger les dossiers dans la même discussion.

Dans les pièces jointes, retrouve toutes les échéances (délais, dates de règlement, dates de réponse attendues). Présente-les en tableau avec la pièce et la page d'où vient chaque date, et signale celles qui se contredisent d'une pièce à l'autre.

5. Laisser l'IA décider de ce qui peut sortir, ou de ce qui est vrai

On finit par faire confiance : on copie la réponse dans un acte, on envoie un message sans le relire, on suppose que l'outil a tout masqué.

La conséquence : l'IA peut se tromper et inventer avec aplomb, une date, un article de loi, un fait absent du dossier. Un détecteur peut aussi laisser passer un détail. Dans les deux cas, c'est votre signature qui engage.

La parade : relire tout ce qui sort, vérifier chaque référence dans vos sources, et garder la main sur ce qui part vers un modèle anonymisé. L'IA peut même vous aider à préparer une question générale sans rien du dossier, sur un modèle confidentiel d'abord :

Voici la situation de mon client. Réécris-la en une question de principe, sans aucun fait propre au dossier : ni dates, ni montants, ni lieux, ni profession, ni lien de parenté. Je veux pouvoir la poser telle quelle à un modèle anonymisé. Liste ensuite tout ce que tu as retiré, et dis-moi si la question perd quelque chose d'essentiel.

Ce qui reste confidentiel

Avec un modèle confidentiel, vos messages, vos pièces jointes et les réponses sont traités sur des serveurs en Suisse et en Europe, sans conservation, et l'historique reste dans votre navigateur. Les dossiers ajoutés avec l'option « Modèles confidentiels » ne partent jamais vers un modèle anonymisé.

Vers un modèle anonymisé, rien ne part sans passer par le filtre confidentialité, et c'est vous qui décidez : version anonymisée relue, extraits pseudonymisés, ou message tel quel si vous l'assumez. Ce qui part est alors traité par le fournisseur de ce modèle, selon ses propres règles.

Sur un poste partagé, l'historique est lisible par quiconque utilise la même session : gardez une session personnelle et déconnectez-vous en partant.

Avant de vous lancer

Pour la liste de ce qui ne doit jamais partir, même masqué, lisez les données à ne jamais coller dans une IA. Pour une méthode propre à un métier, voyez par exemple notre guide pour les avocats. Puis faites un premier essai sur un dossier fictif : ouvrez le chat.