Séquence de cours avec l'IA : enseignants, vos élèves à l'abri
Une séquence de six séances, des exercices sur trois niveaux, une évaluation : l'IA prépare tout cela en une soirée. Ce qui part avec si l'on s'y prend mal, et comment s'y prendre bien.
Une séquence de six séances, des exercices sur trois niveaux, une évaluation : l'IA prépare tout cela en une soirée. Ce qui part avec si l'on s'y prend mal, et comment s'y prendre bien.
« J'ai fait toute ma séquence sur la Révolution avec l'IA hier soir, et je lui ai même donné les aménagements de mes 4e B pour qu'elle adapte les exercices. » La phrase est lancée en salle des professeurs, entre deux photocopies, et elle fait des envieux : six séances découpées, des fiches sur trois niveaux, une évaluation avec son barème, le tout en une soirée.
La préparation est réussie. Ce qui l'est moins, c'est ce qui est parti avec : la liste d'une classe de mineurs, et pour certains d'entre eux un trouble des apprentissages, un plan d'accompagnement, une difficulté familiale glissée pour expliquer un retard. Voici la même préparation faite deux fois, d'abord comme elle se fait souvent, puis comme elle devrait se faire.
Les informations sur vos élèves ne vous appartiennent pas : elles vous sont confiées pour enseigner. Ce sont des données personnelles de mineurs, et quand elles touchent à un trouble, à un handicap ou à un suivi médical, ce sont des données de santé, la catégorie la plus protégée. En France, le RGPD s'applique et l'enseignant fonctionnaire est tenu à la discrétion professionnelle ; en Suisse, la loi fédérale sur la protection des données et, pour l'école publique, les lois cantonales jouent ce rôle.
S'y ajoutent les règles de votre établissement ou de votre administration scolaire : outils autorisés, consignes sur l'usage de l'IA, charte informatique. Elles priment. Si l'usage d'une IA vous est interdit pour préparer vos cours, la bonne démarche est d'en parler à votre direction, pas de contourner la règle.
Reste une bonne nouvelle : construire une séquence de cours ne demande presque aucune donnée personnelle. Le programme, la notion, le niveau et la durée suffisent. Le risque naît presque toujours d'un excès de contexte.
Le premier soir, on colle l'extrait du programme, on décrit la classe en détail, on demande six séances. Le deuxième soir, la conversation précédente est perdue ou mélangée avec la préparation d'une autre classe, et l'on recommence : le niveau, la durée des séances, le manuel utilisé, la façon dont on aime présenter une consigne. Pour gagner du temps, on finit par coller à chaque fois la même description complète de la classe, noms compris, parce qu'elle est déjà rédigée dans un coin.
Dans IA Confidential, l'enseignante crée un espace « Histoire 4e – Révolution française ». Dans l'onglet Assistant de l'espace, elle écrit une fois pour toutes ce qui ne change pas : le niveau, la durée d'une séance, les attendus de fin de séquence, le format de ses fiches (une consigne par ligne, un exemple corrigé en tête), et sa règle de travail : « Ne me demande jamais de noms d'élèves ; raisonne en niveaux de besoin. » Ces consignes s'appliquent à toutes les discussions de l'espace et priment sur ses préférences générales.
La classe y est décrite sans personne dedans : « vingt-six élèves, un tiers lit lentement, plusieurs ont besoin de consignes fractionnées, deux élèves avancent beaucoup plus vite ». C'est tout ce dont l'IA a besoin pour calibrer, et cela ne permet de reconnaître aucun enfant.
Pour s'assurer d'être aligné sur le texte officiel, elle colle dans sa question le lien de la page du programme : l'assistant lit la page à partir du lien. Elle compare tout de même avec la version en vigueur avant de construire dessus.
Pour adapter les exercices, la tentation est de tout dire : « Léa est dyslexique et a un tiers-temps, Yanis a un trouble de l'attention, Maëlle a un plan d'accompagnement personnalisé. » Ce message vient de transmettre des données de santé de trois enfants à un fournisseur que ni les familles ni l'établissement n'ont choisi, qui conserve souvent l'historique. Et il n'a rien apporté : l'IA n'a pas besoin de savoir qui a un trouble, seulement quel type d'adaptation produire.
La différenciation se décrit par ce que l'exercice doit offrir, pas par la personne qui le recevra : un texte plus court, une police aérée, des consignes découpées, une aide visuelle, une version d'approfondissement. C'est l'enseignante, ensuite, qui distribue chaque version à qui en a besoin. La correspondance entre un élève et son aménagement reste dans son carnet, son logiciel de vie scolaire et sa tête.
Voici la demande qu'elle fait, à copier et adapter :
Pour la séance 3 de la séquence (la prise de la Bastille et ses suites), propose un exercice d'analyse de document en trois versions. Version A : texte de dix lignes, questions fermées, une consigne par ligne, un exemple de réponse en tête. Version B : texte complet, questions ouvertes courtes. Version C : deux documents à confronter et une question de synthèse. Pour chaque version, donne le corrigé et une durée estimée. Ne fais aucune hypothèse sur les élèves qui recevront chaque version.
La consigne finale compte : elle empêche l'assistant d'étiqueter une version « pour les élèves en difficulté », formulation qu'aucun élève ne doit lire en haut de sa fiche.
Pour que les exercices collent au manuel de la classe, on photographie ou on copie deux pages du chapitre. Pour préparer les élèves, on colle aussi le sujet d'évaluation commune préparé avec les collègues du niveau, qui ne sera passé que dans trois semaines. Ce ne sont pas des données personnelles, mais ce ne sont pas non plus des textes à faire circuler : un manuel est une œuvre protégée, un sujet commun n'appartient pas à un seul enseignant, et une fois envoyés, on ne sait plus ce qu'ils deviennent.
Sur ordinateur, avec Chrome, Edge ou Opera, l'enseignante ajoute à l'espace le dossier où elle range ses cours de l'année précédente, ses fiches et ses évaluations, en cochant l'option « Modèles confidentiels » : le dossier n'est jamais envoyé à un modèle externe. Une fois connectée à son compte, l'assistant y retrouve les passages utiles quand elle lui demande, par exemple, de reprendre la frise de l'an dernier ou de s'aligner sur le vocabulaire de ses fiches. L'index de recherche reste dans le dossier, sur son ordinateur. Elle choisit les droits de chaque dossier : recherche et lecture pour les cours, jamais l'écriture si elle ne la souhaite pas.
Sur une tablette ou un autre navigateur, elle joint simplement le document à son message : il est lu dans le navigateur. Les modèles confidentiels, des modèles ouverts installés sur des serveurs en Suisse, suffisent largement pour ce travail de mise en forme et ne transmettent rien à des tiers. Le sujet commun, lui, n'a pas besoin de sortir de son dossier : elle demande des exercices d'entraînement « du même type », en décrivant les compétences évaluées.
Pour le corrigé détaillé de l'évaluation, on choisit un modèle externe réputé plus fort, et l'on y verse une dizaine de copies scannées pour « vérifier que le barème tient ». Les copies portent le nom, la classe, parfois une remarque à l'encre rouge sur le comportement. Tout part tel quel.
Pour tester un barème, il suffit de quelques réponses types, rédigées ou recopiées sans nom : une réponse complète, une réponse partielle, un contresens fréquent. Le modèle confidentiel s'en charge très bien.
Si elle choisit malgré tout un modèle externe, le filtre confidentialité intervient avant tout envoi : il détecte les données sensibles du message et propose de répondre avec un modèle confidentiel, message intact, d'envoyer une version anonymisée qu'elle peut relire et corriger, ou d'envoyer tel quel en connaissance de cause. Pour un document joint, seuls des extraits pseudonymisés partent : les noms sont remplacés par des repères, puis rétablis dans la réponse qu'elle lit.
L'évaluation, les fiches et le corrigé, l'assistant les écrit comme des documents : elle les relit, les modifie, les imprime en PDF ou les exporte en Word ou en OpenDocument pour les reprendre dans son traitement de texte. La mise en page est refaite, pas celle de son modèle de fiche habituel : elle ajuste l'en-tête et le logo de l'établissement elle-même.
Une séquence produite par une IA a l'air finie. Elle ne l'est pas. L'assistant peut se tromper et inventer avec aplomb : une date décalée, une citation attribuée au mauvais révolutionnaire, un document « historique » qui n'existe pas, un corrigé de mathématiques faux à la troisième ligne, une durée de séance irréaliste. Faites chaque exercice vous-même avant de le photocopier, vérifiez chaque source citée, et lisez les consignes avec les yeux d'un élève de treize ans.
Elle ne connaît pas non plus votre classe. Le niveau réel, l'ambiance du jeudi après-midi, l'élève qui décroche dès qu'une consigne dépasse deux lignes : c'est votre jugement qui ajuste. La progression, le choix des documents et l'évaluation restent votre responsabilité pédagogique, et votre signature.
Avec un modèle confidentiel, vos questions, vos documents joints et les réponses sont traités sur des serveurs situés en Suisse, et aucun fichier n'est conservé sur nos serveurs. Un dossier ajouté avec l'option « Modèles confidentiels » n'est jamais envoyé à un modèle externe.
L'historique de vos discussions vit dans votre navigateur, pas chez nous : nous ne pourrions pas le produire si on nous le demandait, parce que nous ne l'avons pas. La contrepartie est à connaître : il n'y a pas de synchronisation entre l'ordinateur de la maison et celui de l'établissement. Pour retrouver vos séquences d'une année sur l'autre ou d'un poste à l'autre, faites une sauvegarde de l'historique dans un fichier, que vous restaurez sans doublon.
Avec un modèle externe, rien ne part sans passer par le filtre, et c'est vous qui choisissez ce qui part.
Une précaution propre à l'école : en salle des professeurs, au centre de documentation ou en salle informatique, l'historique est lisible par quiconque utilise la même session du navigateur. Sur un poste partagé, utilisez une session personnelle et fermez-la en partant. Et si vous avez appliqué la règle des besoins plutôt que des prénoms, ce qui circule ne permet de toute façon de reconnaître aucun élève.
Pour les réflexes communs à tous les métiers, lisez notre liste des données à ne jamais coller dans une IA et notre guide pour utiliser l'IA au travail sans risque. Pour savoir précisément où vont vos échanges : que deviennent vos conversations.
Pour préparer votre prochaine séquence sur une classe imaginaire : ouvrez le chat.