IA pour journalistes : protéger ses sources, cinq erreurs à éviter
Une source vous a parlé à condition de rester dans l'ombre. L'IA peut vous aider à exploiter l'entretien, mais cinq erreurs suffisent à la désigner. Les voici, avec leurs parades.
Une source vous a parlé à condition de rester dans l'ombre. L'IA peut vous aider à exploiter l'entretien, mais cinq erreurs suffisent à la désigner. Les voici, avec leurs parades.
Une source vous a parlé hier soir, deux heures durant, à une seule condition : ne jamais être reconnue. Ce matin, vous avez quarante pages de transcription, un document qu'elle vous a remis et un papier à rendre jeudi. La question vient d'elle-même : puis-je confier tout cela à une IA sans mettre ma source en danger ?
Oui, à condition de choisir où l'IA lit et de savoir ce qui identifie vraiment quelqu'un. Voici les erreurs les plus courantes.
En France, la loi sur la liberté de la presse protège expressément le secret des sources ; en Suisse, la Constitution garantit le secret de rédaction et le Code pénal permet au journaliste de refuser de révéler ses sources. Les chartes déontologiques de la profession en font un devoir. Mais cette protection est attachée au journaliste. Un service tiers qui détient vos notes n'en bénéficie pas, et un fournisseur soumis à une loi étrangère peut être contraint de livrer ce qu'il conserve.
Le texte part avec la voix de la source : ses tournures, son poste, les noms qu'elle cite. Il est souvent conservé dans l'historique du service, hors de votre contrôle.
La parade : travailler sur un modèle confidentiel. Dans IA Confidential, les modèles locaux et spécialisés sont des modèles ouverts installés sur des serveurs en Suisse, qui ne transmettent rien à des tiers. Pour trier un entretien, ils suffisent.
Voici la transcription d'un entretien avec une personne que j'appelle [SOURCE A]. Classe ses affirmations en trois colonnes : ce qu'elle a vu elle-même, ce qu'on lui a rapporté, ce qu'elle suppose. Pour chacune, indique ce qu'il faudrait pour la recouper. N'ajoute aucun fait absent du texte.
« Une cadre du service achats, arrivée il y a six mois, présente à la réunion du 12 » : il n'y a plus de nom, mais il n'y a plus qu'une personne. Ce sont les recoupements qui trahissent, rarement le nom seul. Le guide sur anonymisation et pseudonymisation détaille ce piège.
La parade : dans le panneau Confidentialité, écrivez vos consignes d'anonymisation (le pseudonyme de chaque source, le nom de code de l'enquête, l'entreprise visée). Elles s'appliquent avant tout envoi vers un modèle externe, que vous ne choisissez que pour les questions générales. Le filtre confidentialité détecte en plus les données sensibles et vous propose de répondre avec un modèle confidentiel.
Un fichier transmis par une source contient plus que son texte : un nom d'auteur, une date, une mise en forme propre à un service, parfois une position GPS dans une photo.
La parade : joindre le document plutôt que de le coller. Il est lu dans votre navigateur, rien n'est stocké sur le disque de nos serveurs, et les images perdent leurs métadonnées, dont la position GPS. Si le document reste trop identifiant pour un modèle externe, l'assistant le signale : il est alors traité par un modèle confidentiel, ou seule votre question part.

La brève du matin et l'enquête sensible dans le même fil : un jour, un extrait de la mauvaise conversation part ailleurs.
La parade : un espace par enquête, de type « Recherche ». Les discussions y sont rangées à part, et vous pouvez exporter l'espace dans un fichier pour l'archiver avec vos notes.
L'IA peut se tromper et inventer avec aplomb : une date, une fonction, une citation que la source n'a jamais prononcée. Quand l'assistant cherche sur le web, la recherche part sans vous identifier et les résultats sont datés et sourcés, mais chaque fait reste à vérifier à la source. La responsabilité de ce qui est publié reste la vôtre.
Avant publication, demandez à l'IA de relire votre texte comme le ferait celui qui cherche la source :
Voici le passage de mon article qui s'appuie sur une source interne. Relève tous les détails qui pourraient permettre à son employeur de la reconnaître : fonction, ancienneté, date d'une réunion, expression reprise mot pour mot. Pour chacun, propose une formulation plus neutre qui garde l'information.
Avec un modèle confidentiel, la transcription, les documents joints et les réponses sont traités sur des serveurs en Suisse, et rien n'est conservé de notre côté : l'historique vit dans votre navigateur. Si l'on nous réclamait vos échanges, nous n'aurions rien à donner.
Vers un modèle externe, rien ne part sans votre décision, après le filtre confidentialité : version anonymisée que vous relisez, extraits pseudonymisés d'un document, ou message tel quel si vous l'assumez.
Sur un poste partagé de la rédaction, l'historique est lisible par quiconque utilise la même session : travaillez dans une session personnelle et déconnectez-vous en partant.
Avant d'ouvrir un vrai dossier, relisez les données à ne jamais coller dans une IA et ce que deviennent vos conversations. Puis faites un essai sur un entretien fictif : ouvrez le chat.