Le bureau d'une scénariste un matin d'hiver, un carnet ouvert et des fiches vierges devant une fenêtre sur la montagne

Synopsis et traitement avec l'IA : de l'idée au film, sans l'exposer

Une présentation dans le chat, sur votre situation, puis vos questions.

Lundi, 9 h 10. Léa raccroche avec sa productrice. La conversation a duré quatre minutes et elle tient en deux phrases : l'idée plaît, il faut un synopsis de trois pages pour vendredi, puis un premier traitement d'une vingtaine de pages pour le dossier de demande d'aide à l'écriture. Sur la table, il y a le carnet où l'idée est née : une demi-page de notes, une gardienne de refuge de montagne qui, pendant une tempête de trois jours, héberge un randonneur qu'elle croit reconnaître. Le reste, ce sont des flèches, deux répliques et un point d'interrogation entouré.

Léa est une scénariste fictive, mais sa semaine ressemble à celle de beaucoup d'auteurs. Voici comment elle la traverse avec l'IA, demande après demande, sans que son film lui échappe.

Synopsis et traitement : ce qu'on attend de chacun, et ce qui les protège

Le synopsis raconte le film entier, fin comprise, en quelques pages, au présent et sans dialogues. Il dit qui est le personnage, ce qu'il veut, ce qui l'en empêche et comment cela se termine. Le traitement va plus loin : il déroule le film scène par scène, en prose, sur quinze à quarante pages selon les usages de la production, avec à peine quelques répliques. Entre les deux, beaucoup d'auteurs passent par un séquencier, la liste numérotée des séquences.

Ces deux documents sont les plus exposés du développement. Ils circulent auprès de producteurs et de commissions, et dévoilent toute la mécanique du film avant qu'aucun contrat ne soit signé. Or le droit d'auteur, en France comme en Suisse, protège une œuvre dans sa forme, pas une idée : un pitch de trois lignes se reprend sans qu'on puisse parler de copie. Si un accord de confidentialité ou un contrat d'option a déjà été signé, il interdit souvent de communiquer le projet à des tiers ; un service d'IA qui conserve les conversations en est un.

Du carnet au traitement en cinq jours

Lundi, 9 h 30 : un espace pour le film

Léa crée dans IA Confidential un espace de type « Rédaction », nommé du titre provisoire, « Refuge ». Toutes les discussions du projet y seront rangées : une pour le pitch, une pour le synopsis, une pour le traitement.

Dans l'onglet Assistant de l'espace, elle pose les consignes qui s'appliqueront à chacune de ces discussions, avant ses préférences générales :

  • long métrage d'environ cent minutes, thriller intime, huis clos en montagne, de nos jours ;
  • deux personnages principaux, la gardienne et le randonneur, et trois secondaires seulement ;
  • la fin est fixée : on ne saura jamais avec certitude si elle avait raison ;
  • règle de travail : tu poses des questions et tu fais des remarques, tu n'écris aucune scène et aucun dialogue sans que je le demande.

Elle vérifie les modèles. Par défaut, ses demandes sont traitées par des modèles ouverts installés sur des serveurs en Suisse et en Europe, qui ne conservent rien de ses échanges. Pour ce projet, elle n'a pas besoin d'autre chose.

Lundi soir : l'idée mise à l'épreuve des questions

Avant d'écrire une ligne du synopsis, Léa veut savoir où son idée est fragile. Elle tape ses cinq lignes de pitch et demande :

Je développe un long métrage. Voici l'idée en cinq lignes. Ne rédige rien : pose-moi les dix questions qu'un lecteur de commission se poserait en lisant ce pitch, sur le personnage principal, ce qu'elle veut, ce qui l'en empêche et ce que le film raconte au fond. Classe-les de la plus gênante à la moins gênante.

La première question la pique : pourquoi la gardienne ne descend-elle pas prévenir quelqu'un dès qu'elle croit reconnaître l'homme ? La tempête répond au « comment », pas au « pourquoi ». Léa passe une heure sur cette seule question et trouve la réponse dans le passé du personnage : elle a déjà accusé à tort, une fois, et cela lui a coûté sa vie d'avant. Le film vient de trouver son sujet.

Mardi : écrire le synopsis soi-même

Le synopsis, Léa l'écrit seule, en une matinée. C'est là que la voix du film se joue, et une IA tire vers le convenu : ses propositions d'intrigue ressemblent à des films déjà vus. Elle s'en sert donc comme d'un premier lecteur, pas comme d'une plume.

L'après-midi, elle colle ses trois pages dans la discussion du synopsis :

Voici mon synopsis de trois pages. Résume en une phrase ce que tu as compris de l'histoire et de la fin, puis dis-moi où le récit saute une étape, où la motivation du personnage principal n'est pas lisible, et ce que tu n'as pas compris. Ne propose aucune réécriture.

Le résumé en une phrase est le test le plus utile : l'assistant a compris que le randonneur était coupable, alors que tout le film repose sur le doute. Le synopsis penche trop d'un côté. Léa réécrit le deuxième tiers pour équilibrer les indices. Une remarque est fausse : l'assistant affirme qu'un personnage secondaire disparaît sans explication, alors que sa sortie est écrite en page 2. L'IA peut se tromper avec aplomb ; Léa vérifie chaque remarque dans son texte avant d'y toucher.

Mercredi : du synopsis au séquencier

Passer de trois pages à vingt, c'est inventer tout ce que le synopsis enjambe. Léa veut d'abord voir où sont les trous. C'est la demande qu'elle refera sur chaque projet, et celle à copier :

À partir du synopsis ci-joint, propose un séquencier de 50 à 70 séquences pour un long métrage de 100 minutes, en trois actes. Pour chaque séquence : un numéro, le lieu, le moment, une phrase sur ce qui s'y passe et ce qui change pour le personnage principal. Marque d'un astérisque chaque séquence que tu as dû inventer parce que le synopsis n'en dit rien, et regroupe à la fin la liste de ces trous.

Sur cinquante-huit séquences, dix-neuf portent un astérisque. Léa n'en garde presque aucune : elles sont plausibles et plates. Mais la liste des trous est précieuse. Elle montre que le deuxième acte n'a que deux lieux, la salle commune et la cuisine, et que rien ne se passe dehors entre l'arrivée de la tempête et la nuit du troisième jour. Léa ajoute une séquence de déneigement sur le toit, où le randonneur pourrait la laisser tomber et ne le fait pas. Elle réécrit le séquencier dans ses mots et le classe dans le dossier du projet.

Jeudi : le traitement, séquence par séquence

Le traitement s'écrit sur la journée et une partie de la nuit. Pour ne pas recoller à chaque fois les versions successives, Léa ajoute à l'espace, depuis son ordinateur avec Chrome, le dossier « Refuge », où vivent les notes, le synopsis, le séquencier et le traitement en cours. Cet ajout ne fonctionne qu'avec Chrome, Edge ou Opera sur ordinateur ; sur sa tablette, elle joindrait simplement le fichier à son message. Elle coche l'option « Modèles confidentiels » : le dossier ne sera jamais envoyé à un modèle anonymisé.

Connectée à son compte, elle laisse l'assistant retrouver seul les passages utiles dans le dossier. Toutes les dix pages, elle lui demande de comparer ce qu'elle vient d'écrire au synopsis et aux consignes de l'espace : un indice qui arrive trop tôt, le chien du refuge qui réapparaît après avoir été confié au village. Elle corrige ce qui est juste, écarte ce qui ne l'est pas.

La séance dure des heures. Le contexte envoyé au modèle est allégé automatiquement, avec les échanges récents et un résumé des précédents, ce qui garde des réponses pertinentes tard dans la discussion. Vers minuit, elle compacte la conversation pour repartir sur une base propre, sans perdre l'essentiel.

Vendredi : un document propre, et une trace datée

Le traitement fait vingt-deux pages. Léa demande à l'assistant d'en faire un document, avec une page de garde et une note d'intention qu'elle a écrite elle-même. Elle le relit dans l'aperçu, puis l'exporte en Word pour la productrice. La mise en page est refaite à partir du texte : un document propre et lisible, pas la maquette d'un dossier de production. Pour le scénario dialogué, plus tard, elle gardera son logiciel d'écriture habituel.

Avant d'envoyer, elle fait deux choses que l'outil ne fait pas pour elle. Elle dépose le synopsis et le traitement auprès d'un organisme de gestion des droits d'auteur, pour dater son travail. Et elle enregistre une sauvegarde de l'espace dans un fichier sur son ordinateur : l'historique ne vit que dans son navigateur, et ce fichier lui permettra de le restaurer sans doublon si elle change de machine.

Ce que l'IA ne fera pas à la place de l'auteur

Sur ces cinq jours, l'IA n'a écrit aucune scène que Léa ait gardée. Elle a posé des questions, résumé, compté, comparé. C'est là qu'elle sert un scénariste : elle lit vite, n'oublie aucun détail et dit sans ménagement ce qu'elle n'a pas compris.

Ses idées d'intrigue sont moyennes par construction. Elle peut inventer un détail qui n'est écrit nulle part, attribuer une scène au mauvais acte, ou passer à côté d'un sous-texte. Le synopsis et le traitement restent votre œuvre, et ce qu'ils racontent engage votre signature, pas la sienne.

Ce qui reste confidentiel

Avec les modèles confidentiels, le pitch, le synopsis, le traitement et vos échanges sont traités sur des serveurs en Suisse et en Europe, sous le droit suisse et européen de la protection des données, hors du champ du CLOUD Act, et rien n'est conservé de notre côté. L'historique des discussions reste dans votre navigateur : nous ne pourrions pas le produire si on nous le demandait, parce que nous ne l'avons pas. Un dossier ajouté avec l'option « Modèles confidentiels » n'est jamais envoyé à un modèle anonymisé.

Les modèles anonymisés sont un choix que vous faites, jamais un passage automatique. Si vous en choisissez un, le filtre confidentialité examine d'abord votre message et vous propose de répondre avec un modèle confidentiel, message intact, d'envoyer une version anonymisée que vous relisez, ou d'envoyer tel quel. Pour un film inédit, sachez qu'une histoire reste reconnaissable même quand les noms ont changé : restez sur les modèles confidentiels.

Ce qui sort de l'outil, c'est vous qui le faites sortir : le document exporté, envoyé à la personne que vous choisissez, et le fichier de sauvegarde, rangé où vous le décidez. Sur un poste partagé, comme l'ordinateur d'un bureau de production, l'historique est lisible par quiconque utilise la même session : travaillez dans une session personnelle et déconnectez-vous en partant.

Pour la suite du projet

Quand le traitement deviendra scénario, notre guide pour écrire un scénario inédit avec l'IA prend le relais, séquence par séquence. Si le film devient une série, voyez comment tenir une bible de série sans qu'elle circule. Et avant de coller un texte dans n'importe quel outil, gardez sous la main la liste des données à ne jamais coller dans une IA.

Pour mettre votre propre pitch à l'épreuve de dix questions : ouvrez le chat.