Les six erreurs du résumé de dossier avec l'IA
1. Coller le dossier dans une IA grand public « juste pour le résumé »
La tentation est forte quand le temps manque. Mais une IA grand public est un tiers : elle conserve souvent l'historique, et son fournisseur peut être soumis à des lois étrangères qui lui imposent de communiquer ce qu'il détient. Le motif « ce n'était qu'un résumé » ne change rien : les pièces sont sorties.
La parade : travailler dans un espace de type « Juridique ». Il règle un ton formel et garde les dossiers ajoutés sur les modèles confidentiels, des modèles ouverts installés sur des serveurs en Suisse. Pour une synthèse, ils suffisent.
2. Croire qu'il suffit de retirer les noms
On noircit le nom du client, puis on envoie le reste. Or un dossier est truffé d'éléments qui identifient aussi sûrement qu'un nom : numéro de rôle, adresse d'un bien, montant d'une transaction, date d'un licenciement, nom de l'employeur. Recoupés, ils désignent une personne.
La parade : ne pas compter sur un caviardage fait à la main. Le guide sur anonymisation et pseudonymisation explique pourquoi. Le plus simple reste de garder le dossier sur un modèle confidentiel. Si vous choisissez un modèle externe pour une question annexe, le filtre confidentialité détecte d'abord les données sensibles et vous propose de répondre avec un modèle confidentiel ; une pièce trop identifiante est traitée par un modèle confidentiel, ou seule la question part.
3. Croire que l'IA a lu les deux cents pages
C'est l'erreur la plus trompeuse, parce que le résumé obtenu a l'air complet. Une demande ne peut contenir qu'une quantité limitée de texte : au-delà, une pièce jointe est marquée « tronqué », et la fin du dossier n'a tout simplement pas été lue. Le résumé paraît cohérent, mais il ignore peut-être la pièce décisive, souvent la dernière arrivée.
La parade : procéder par lots. Joignez les pièces par paquets cohérents (procédure, correspondance, pièces adverses) et demandez à chaque fois la liste de ce qui a été lu.
Voici les pièces 1 à 25 d'un dossier de bail commercial. Pour chaque pièce, donne en une ligne : sa nature, sa date, son auteur et ce qu'elle établit. Termine par la liste des pièces que tu n'as pas pu lire entièrement, ou dont une partie te semble manquer.
Vous assemblez ensuite les lots dans une seule fiche de synthèse.

4. Ajouter le dossier sans comprendre comment l'assistant y cherche
Sur ordinateur, avec Chrome, Edge ou Opera, vous pouvez ajouter à un espace le dossier de l'affaire tel qu'il existe sur votre disque, avec l'option « Modèles confidentiels » : il n'est alors jamais envoyé à un modèle externe. Avec un compte connecté, l'assistant y retrouve automatiquement les passages utiles à votre question. C'est très efficace pour une question précise (« que dit le bail sur la clause d'indexation ? »), beaucoup moins pour un résumé global : l'assistant répond à partir des passages retrouvés, pas d'une lecture intégrale.
La parade : utiliser le dossier ajouté pour les questions ciblées, et les lots de pièces jointes pour la synthèse d'ensemble. Sur un autre navigateur ou sur téléphone, les pièces jointes restent la voie normale : elles sont lues dans votre navigateur.
5. Demander « résume ce dossier » sans dire pour quoi faire
Un résumé sans destinataire est plat : il suit l'ordre des pièces, met tout au même niveau et ne vous dit pas ce qui compte pour mardi. Or vous n'avez pas besoin d'un résumé, mais d'une fiche d'audience, d'une note à l'associé ou d'un point pour le client.
La parade : dire l'usage, le lecteur et la forme. Les consignes de l'espace peuvent fixer une fois pour toutes votre format de fiche ; la demande précise le reste.
À partir des synthèses de lots ci-dessus, rédige une fiche d'audience d'une page pour un avocat qui reprend le dossier : les prétentions de chaque partie, les trois questions que le juge devra trancher, et pour chacune les pièces qui nous servent et celles qui nous desservent. Cite chaque pièce par son numéro et n'affirme rien qui ne figure pas dans une pièce.
6. Reprendre la synthèse sans la vérifier
L'IA peut se tromper avec assurance : une date décalée, une pièce adverse attribuée à votre client, une somme recalculée, un argument que personne n'a soulevé. Sur deux cents pages, ces glissements passent facilement inaperçus, et ils finissent dans une plaidoirie.
La parade : exiger un numéro de pièce pour chaque affirmation, comme dans la demande ci-dessus, puis contrôler les points qui portent votre argumentation. Ce qui n'est rattaché à aucune pièce est suspect par défaut. La synthèse vous fait gagner la première lecture ; elle ne remplace pas la vôtre, et la responsabilité de ce que vous plaidez reste entière.