Le cabinet d'un psychologue le soir, deux fauteuils vides face à face et un carnet fermé sur la table basse

Notes de séance de psychologue avec l'IA, sans briser le secret

« Est-ce que j'ai le droit de mettre mes notes de séance dans une IA ? » La question revient dans toutes les intervisions, souvent posée à voix basse. Car les notes s'accumulent : quelques mots griffonnés entre deux patients, des abréviations que l'on ne comprend plus trois semaines plus tard, et le soir, l'envie de tout mettre au propre en dix minutes plutôt qu'en une heure.

La réponse courte : oui, si l'IA ne sait pas de qui vous parlez, si elle traite le texte dans un cadre que vous maîtrisez, et si elle ne garde rien. Plutôt qu'une liste de principes, voici une semaine de travail d'une psychologue fictive, Claire, clinicienne en libéral, avec les demandes qu'elle fait vraiment et ce qu'elle en fait ensuite.

Le secret du psychologue, ce qu'il couvre

Ce qui se dit en séance est sans doute ce qu'il y a de plus intime dans la vie d'une personne : ses peurs, sa sexualité, ses conflits familiaux, parfois des faits qu'elle n'a jamais confiés à personne. Le code de déontologie de la profession fait du secret professionnel un principe central, et en France comme en Suisse, le Code pénal punit la violation du secret. Ces informations sont en outre des données de santé, donc des données sensibles au sens du RGPD comme de la loi suisse sur la protection des données.

Coller des notes de séance dans une IA grand public, c'est les confier à un tiers qui conserve souvent l'historique, parfois longtemps, et qui relève parfois d'un droit étranger. Même sans nom, un récit de séance peut désigner quelqu'un : une profession rare, une ville moyenne, un événement familial précis suffisent.

Un point de clarté avant de commencer : IA Confidential n'est ni un logiciel de dossier patient ni un hébergeur de données de santé. Il ne conserve rien de vos séances, et c'est pour cela qu'il ne doit pas devenir votre archive. Le dossier reste là où vous le tenez aujourd'hui ; l'IA vous aide à écrire, rien de plus.

Une semaine de notes de séance au cabinet de Claire

Lundi, 20 h : préparer le terrain une fois pour toutes

Claire crée un compte et un espace qu'elle appelle « Séances ». Dans l'onglet Assistant de l'espace, elle écrit ses consignes, qui s'appliqueront à toutes les discussions qu'elle y ouvrira : le plan de ses notes (thèmes abordés, éléments de vécu rapportés, observations, hypothèses de travail, pistes pour la séance suivante), un style sobre, à la troisième personne, sans jargon inutile. Elle ajoute une règle qui compte pour elle : distinguer toujours les paroles du patient, entre guillemets, de ses propres interprétations.

Dans son profil, rubrique Contraintes, elle indique qu'elle est psychologue et tenue au secret professionnel. Ce profil est gardé dans son navigateur et n'est jamais envoyé aux modèles externes.

Elle vérifie enfin le réglage des modèles : par défaut, ses demandes seront traitées par des modèles ouverts installés sur des serveurs en Suisse, qui ne transmettent rien à des tiers. Pour mettre des notes en forme, elle n'a besoin de rien d'autre.

Mardi, 19 h : trois séances à mettre au propre

La journée a été chargée. Pour chaque séance, Claire a quelques lignes sur son carnet. Avant de les taper, elle fait le tri : pas de nom ni d'initiales, mais un repère qu'elle seule sait rattacher à son dossier, « patient A ». Elle retire aussi ce qui rendrait la personne reconnaissable sans nom : le métier exact devient « travaille dans le secteur hospitalier », la ville disparaît, le prénom de la sœur devient « sa sœur aînée ».

Puis elle ouvre une discussion dans l'espace « Séances » et écrit la demande qu'elle réutilisera toute la semaine, celle que vous pouvez copier :

Voici mes notes brutes de la sixième séance d'un patient d'une trentaine d'années, suivi pour des crises d'angoisse. Mets-les au propre selon le plan de l'espace. Garde entre guillemets, mot pour mot, les phrases que j'ai notées entre guillemets. N'ajoute aucune hypothèse, aucun diagnostic, aucune piste que je n'ai pas écrite. Si une abréviation est ambiguë, ne la devine pas : signale-la à la fin.

La note revient structurée en quelques secondes, avec deux abréviations signalées que Claire complète elle-même. Elle relit, corrige une tournure qui transformait une hésitation du patient en affirmation, puis copie la note dans son dossier, où elle retrouve l'identité de la personne. Elle fait de même pour les deux autres séances, chacune dans sa propre discussion.

Mercredi midi : préparer la séance de l'après-midi

Patient B revient à 15 h, pour la dixième fois. Claire veut avoir le fil en tête. Elle colle dans une nouvelle discussion ses quatre dernières notes, déjà mises au propre et sans identité.

À partir de ces quatre notes de séance, relève les thèmes qui reviennent d'une séance à l'autre et ceux qui ont disparu. Pour chaque thème, indique dans quelles séances il apparaît. Termine par trois questions ouvertes que je pourrais garder en tête, sans interprétation clinique.

Le relevé lui rappelle qu'un conflit avec un parent, très présent au début du suivi, n'a plus été abordé depuis trois séances. Elle n'en fera peut-être rien, mais elle le sait en entrant dans la séance. Les questions proposées sont banales ; elle en garde une, reformulée à sa manière.

Des mains tenant un stylo plume au-dessus d'un carnet ouvert, une tasse de thé à côté, le soir

Jeudi, 18 h : le courrier au médecin traitant

Une patiente lui a demandé d'écrire à son médecin traitant pour appuyer une orientation vers un psychiatre. Claire a son accord pour transmettre les éléments utiles, et seulement ceux-là.

Rédige un courrier court d'une psychologue à un médecin traitant, pour appuyer l'orientation d'une patiente vers un psychiatre. Éléments à transmettre, et rien d'autre : suivi depuis quatre mois, troubles du sommeil persistants, fatigue importante, demande d'avis pour un éventuel traitement. Ton confraternel, une page au plus, sans détail sur le contenu des séances.

L'assistant écrit le courrier comme un document, qu'elle peut modifier puis exporter en Word ou en OpenDocument. La mise en page est refaite à partir du texte : Claire reporte le contenu dans son propre modèle de lettre, ajoute l'identité de la patiente, la date et sa signature. Le nom de la patiente n'est jamais passé par l'IA.

Vendredi matin : préparer la supervision

Le vendredi, Claire présente une situation à sa superviseure. Pour cette présentation, elle va plus loin dans l'effacement : l'âge devient une tranche, la profession disparaît, les événements de vie sont résumés sans date.

À partir de ces notes, prépare une présentation de situation pour une supervision : contexte du suivi, évolution sur six mois, ce qui me met en difficulté dans la relation thérapeutique, et la question que je veux poser. Une page, sans aucun détail qui permettrait de reconnaître la personne. Si un élément te semble identifiant, signale-le au lieu de le reformuler.

L'assistant lui signale qu'un détail sur le lieu de vacances familial pourrait suffire, dans une petite communauté, à reconnaître la patiente. Elle le retire. C'est exactement le genre de vigilance qu'elle voulait doubler.

Samedi : ne rien laisser traîner

Les notes sont dans son dossier, le courrier est parti, la présentation est imprimée. Claire supprime les discussions de la semaine avec « Supprimer la conversation » : elles n'existaient que dans son navigateur, et elles n'ont plus de raison d'y rester. Elle garde l'espace et ses consignes pour la semaine suivante.

Les limites des notes de séance assistées par l'IA

L'IA est utile pour structurer, harmoniser, retrouver un fil. Elle ne l'est pas pour penser la clinique à votre place.

Elle peut se tromper et inventer avec aplomb : prêter au patient une phrase qu'il n'a pas dite, durcir une nuance, glisser un terme diagnostique que vous n'avez jamais employé. C'est pourquoi la demande de Claire interdit tout ajout et exige les guillemets mot pour mot, et pourquoi elle relit chaque note avant de la reporter. La note reste la vôtre, avec votre responsabilité.

Elle n'a pas non plus votre écoute. Ce qu'elle repère dans un texte, ce sont des répétitions et des absences ; ce qui se joue dans la relation, le silence, le transfert, elle ne le voit pas.

Enfin, certaines situations ne gagnent rien à passer par une IA, même confidentielle : un mineur en danger, une révélation de violences, une procédure judiciaire en cours. Là, on écrit soi-même, et on se fait aider par un collègue ou un superviseur.

Ce qui reste confidentiel

Avec un modèle confidentiel, les notes que vous collez et les réponses sont traitées sur des serveurs situés en Suisse, sous la loi suisse sur la protection des données, et rien n'est conservé de notre côté. L'historique vit dans votre navigateur : nous ne pourrions pas le produire si on nous le demandait, parce que nous ne l'avons pas. Et une discussion supprimée n'existe plus nulle part.

Rien ne part vers un modèle externe sans que vous l'ayez choisi. Si vous en sélectionnez un et que votre message contient une donnée sensible, le filtre confidentialité s'interpose et vous propose de répondre avec un modèle confidentiel, message intact, ou d'envoyer une version anonymisée que vous relisez. Pour des notes de séance, restez sur les modèles confidentiels. Votre profil, lui, n'est jamais envoyé à un modèle externe.

La meilleure protection reste celle de Claire le mardi soir : ce qui circule ne permet pas de reconnaître le patient. Et si votre ordinateur sert aussi à quelqu'un d'autre, au cabinet ou à la maison, utilisez une session personnelle du navigateur : l'historique y est lisible par quiconque l'ouvre.

Pour aller plus loin

Les médecins suivent la même logique pour leurs courriers : voir notre guide sur le compte rendu médical avec l'IA. Pour savoir jusqu'où effacer un récit avant de le confier à un outil, lisez la différence entre anonymisation et pseudonymisation, et gardez sous la main la liste des données à ne jamais coller dans une IA.

Pour essayer la demande du mardi sur une séance inventée : ouvrez le chat.